Nota : La fiche d'apprentissage servira aussi de début de background, ne vous étonnez pas donc du nombre de chapitres.
Chapitre 1 : Le Masque de Fer
Egypte, début des années 80, bidonville du Caire
Saphia regardait avec désespoir le fils qu'elle tenait dans ses bras frêles. Il était pourtant plus gros que les nouveaux nés d'ici mais il avait un visage si ridé et rempli de cicatrices qu'il ressemblait à un monstre. La jeune femme se posait trop de questions :
* Qui es tu bébé ? D'où te viennent ces cicatrices ? *
Des questions aussi plus pragmatiques. Elle se demandait si elle était vraiment la mère de cet enfant, si quelqu'un ayant été effrayé par la laideur de celui-ci ne l'avait pas échangé avec son enfant à elle.
Saphia ne supportait plus les chuchotements des autres femmes lorsqu'elle les croisait dans la rue, les regards méfiants ou emplis de pitié. Cet enfant au lieu d'être le bonheur de sa vie était plutôt son malheur. Le temps passait mal et rongeait son esprit. Une de ses rares amies n'y alla pas par quatre chemins.
Débarrasse toi de lui ! Cet enfant est un représentant du diable, il ne peut attirer que le mauvais œil ...
Mais je ne peux pas, c'est quand même mon enfant ...
Ton enfant, dis tu, et quand pense son père ? Ne te délaisse t'il pas depuis qu'il est né? N'a t'il pas un air soupçonneux tout au long de la journée ?
C'est vrai, il ne me parle presque plus alors que nous vivons sous le même toit. Je ne veux pas perdre mon mari. Que dois-je faire ? Les gens savent que j'ai un enfant anormal ici...
Saphia réfléchit et ne parla à personne de son macabre projet. Elle fallait qu'elle trouve un prétexte pour perdre l'enfant sans éveiller les soupçons de son mari, de la police et de toute autre personne.
Elle se souvenait avoir une cousine perdue dans le Sinaï, cet endroit non irrigué par le Nil et que les Égyptiens depuis longtemps exploitent ses minéraux. Aujourd'hui, c'était surtout un centre névralgique du tourisme pour les sorties en plongée profitant de la beauté de la mer Rouge toute proche.
La jeune femme avait donc une cousine qui vivait dans le désert près d'un haut lieu de pèlerinage, le monastère Sainte Catherine. C'est ici selon la légende que Moïse aurait vu Dieu lors de l'épisode du buisson ardent.
Quoi de mieux qu'un lieu de méditation, pour prétexter un voyage pour récupérer ses esprits, excuse pour les cairotes, et l'endroit, le désert, pour qu'un enfant nouveau né meure des suites d'un coup de chaleur. Sa cousine ne connaissant pas cet enfant, il fallait qu'elle s'en débarrasse avant de la retrouver. Le risque était minime car la cousine ne parlait plus à sa famille du Caire exceptée Saphia qu'elle considérait comme sa sœur.
La jeune femme se protégea le visage avec son châle et prit la direction de la gare routière. Elle monta dans le bus et s'installa à côté d'une vieille dame suspicieuse devant le ballot de la mère. Le bus cahota sur la route défoncée pour s'arrêter enfin. Saphia descendit et se dirigea vers la ville proche du monastère.
Elle attendit la nuit pour déposé l'enfant à la porte du monastère en espérant que des hommes de Dieu pourrait plus supporter un tel fardeau qu'elle, pauvre cairote. Elle alla rejoindre sa cousine le lendemain matin, feignant d'arriver par le bus du matin. Elle passa quelques jours avec elle et finalement rejoint le Caire. Elle expliqua là-bas qu'elle avait laissé l'enfant à sa cousine qui pouvait l'élever à l'abri du regard des autres.
La véritable histoire de celui qui allait devenir un sujet d'Isis commence au pied de cette porte de bois du monastère Sainte Catherine.
Le jour venait à peine de se lever lorsque le frère Antonios entendit ce qui semblait être des cris. Il regarda à travers la petite lucarne de sa cellule et ne vit rien mis à part des corbeaux qui tournoyaient dans le ciel et chantait un air lugubre. Rien de spécial, jusqu'à ce qu'il entende à nouveau des cris étouffés. Cela venait de derrière la porte du monastère.
Il dévala les escaliers quatre à quatre, s'arma d'un manche de pioche qui trainait près du potager et se dirigea d'un pas rapide vers la porte de bois. Le coeur battant, il ouvrit et découvrit un couffin recouvert d'un drap de lin bleu.
Il le ramassa et se dirigea directement vers la chambre de l'abbé, malgré une rupture de protocole, et frappa à sa porte. L'abbé qui affichait au début un air réprobateur changea de regard en voyant le couffin. Il écarta le drap de lin et comprit, dans un sursaut d'effroi, pourquoi cet enfant avait été abandonné. Il fallait tenir conseil et réfléchir sur l'avenir de cet enfant.
Mes frères, je vous ai réuni ce matin, en instance extraordinaire, pour parler de la découverte de frère Antonios. Je vous demande la marche à suivre, j'ai déjà ma petite idée mais je veux votre avis.
Mon père, si cet enfant à été déposé ici, c'est que ses parents pensaient que nous pourrions le prendre en charge aussi lourde soit elle.
Nous avons un devoir d'hospitalité depuis des temps immémoriaux, c'est indéniable.
Adoptons le et faisons en un novice, il aura ainsi une famille, nous.
Bien, mes frères, votre solicitude me ravit, vous êtes dignes de ce lieu de foi. La décision est prise nous en ferons un des notres.
Ils commencèrent par lui donner un nom, Arbacès, un nom grec car la plupart d'entre eux étaient grecs. Ils lui donnèrent tous leur amour malgré sa laideur, ils lui apprirent le grec ancien, le copte, le latin et l'arabe.
De son côté cet enfant, d'abord élevé par une nourrice de la ville voisine, devant fort et résistant. Il montrait une grande facilité à apprendre les choses. Du fait qu'il n'y ait pas d'autres enfants ici, son seul divertissement était la lecture de livres saints.
Il ne faisait pas que lire, il apprit à faire pousser toutes sortes de plantes, bonne à mager ou à guérir, il apprit à manier le fer et l'acier car il aimait bien le frère ferronier qui lui ressemblait un peu. Lui aussi avait le visage couvert de cicatrices.
Il s'inspira de cet art pour concevoir un masque d'acier afin de couvrir sa face. Un masque qui lui permettrait de pouvoir se cacher du regard des autres et pourvoir s'exposer un peu plus au monde extérieur. Ses premières visites au village d'à côté, lui valurent des regards de stuppeur mais lui, Arbacès se sentait fort, protégé, derrière ce masque.
Il grandit, et remodela son masque plusieurs fois avant de lui donner sa forme la plus aboutie, celle qui s'adaptait à son visage d'adulte. On associait désormais son nom à ce masque, lui et cette chose n'était qu'un, il était le masque de fer.




